En 2016, la magie se rua à l'assaut du monde, gigantesque tsunami touchant indistinctement tout à chacun, modifiant à jamais un univers qui l'avait relayé au domaine de la fiction. Du jour au lendemain, sans prévenir, des personnes révélèrent des capacités inouïes – les fanatiques de comics se mirent à parler de mutants à la X-Men, les scientifiques d'une potentielle évolution de l'humanité. De nouveaux animaux furent découverts, mutations d'êtres déjà existants, résurgences de créatures qu'on pensait n'exister que dans les légendes. Mais le changement apporta la crainte. Des refuges furent créés pour rassembler ces nouveaux individus. L'un d'eux se nommait Concordia. La suite

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Ivaldo Lazarus Songbird ✿ They can only do harm

 :: Quand on arrive en ville :: Cartes d'identités :: Cartes tamponnées
Dim 4 Nov - 22:22

IVALDO LAZARUS SONGBIRD
  • Eternels 35 ans
  • Américain
  • Herboriste / Dealer
  • Hybrides
  • Steam Street
  • Witch / Phobs

De toutes les effluves, les senteurs âcres de corps entrelacés et de sueur qui exsudent du salon, du renflement des seins de chaque fille, c’est sans doute la sienne, qui perce le plus facilement jusqu’aux narines innocentes. Subtile, tout d’abord. Une vague senteur sauvage, un été lourd annonciateur d’orages et de pluies délétères. Comme si on avait traîné toute entière une jungle et ses végétaux au cœur du grand salon aux tissus cossu. Cà et là, il perçoit du coin de l’œil quelques firmaments dorés, des fils indisciplinés se dressant discrètement aux tentures du fauteuil. Point trop n’en faut, il est peut-être bien le seul à avoir remarqué cet infime et insignifiant détail. Il cille faiblement, cessant le ballet tranquille de ses longs doigts grêles contre le tissu. Cela serait prendre le risque d’en déchirer la texture. Ce n’est tout de même pas sa faute, s’il a toujours eu le sens inné du plus terrible détail. Il semblerait que cela soit de famille, à ce que l’on dit. Pour ce que la famille peut encore lui apporter désormais. L’œil unique peine à s’habituer aux faibles lueurs diffuses qui irradient la pièce d’une atmosphère veloutée. Pousser le sensuel à l’extrême pour inciter à la consommation. Morelia maîtrise fort bien les rouages de la fascination masculine, bien qu’ils ne soient sur lui d’aucun effet. Il porte un ongle long à ses lèvres, en grattant brièvement la peau rêche, recalant derrière son oreille une boucle noire, étonnement huileuse. Le portrait n’est pas flatteur, il en convient mais n’a que faire aujourd’hui des aléas de son propre corps.

Une voix s’élève d’un siège adjacent. L’homme palpe bien tranquillement la cuisse d’une fille à sa disposition sans s’inquiéter de quoi que ce soit – Morelia est une hôte de qualité dit-on. – babillant à qui veut bien l’entendre l’existence – discutable – de ses récents contrats en affaires. Lui n’exsude qu’un parfum d’homme. Une eau de toilette clinquante, composée dans le but d’attirer les regards, des femmes comme des concurrents. C’est amusant, les messages que l’on tente de faire passer par l’odeur. Lui ne tardera pas aussi à faire tourner toutes les têtes, d’une façon bien moins agréable sans doute. Plus entêtante aussi. L’entendre fanfaronner le pousse d’instinct à rabattre davantage la capuche sur son crâne, cherchant l’ombre bienfaitrice d’un anonymat très relatif. Dissimulant inutilement tant son profil acéré que l’œil recouvert d’un pansement. Même ainsi, il a des airs de madone, portant sur ses traits les quelques origines italiennes qui culent dans ses veines. Ça et une infinité d’autres origines, déclinées à l’infinie au fil du temps et des générations. Un petit quelque chose d’oriental aussi, mais c’est peut-être l’ambiance des lieux qui ne fait que renforcer l’impression déjà tenace. Ça et les senteurs. L’odeur qui lui colle à la peau est décidément terriblement tenace.

- Et vous Ivaldo... ? On m’a dit que vous aviez renouvelé votre contrat avec madame Morelia, cela doit vous être fort agréable… Le cadre est d’autant plus plaisant !

Il lève un sourcil noir au-dessus de son œil valide, crispant d’un rien ses ongles sur les accoudoirs. Un souffle d’avance agacé siffle entre ses dents du bonheur. Il se demande si, d’aventure, on s’autoriserait à son égard ces familiarités s’il n’était pas si discret. S’il ne se murait pas derrière des facéties et des apparences rassurantes. Quelle serait leur expression, la crainte et leurs odeurs, s’il ouvrait la bouche pour de bon à s’en décrocher la mâchoire.

Dévoiler les dents qui sommeillent aux limites des commissures, au-delà de ce qu’ils nomment la normale. Se décrocher l’ossature et laisser vrombir sa faim. Et laisser enfin ses cheveux bourgeonner dans leur crasse huileuse, la fleur s’éveiller à son œil et tout le reste Tout ce qui compose sa maigre et essentielle personne. Son immondice personnelle. Mais il faut, malgré la tolérance toute relative, faire profil bas et se complaire dans son austère discrétion. La finesse de son existence possède néanmoins quelques avantages non négligeables, à commencer par le manque de confiance quant à son efficacité à la profession. Ils seraient tous si surpris de savoir alors comme il peut leur être supérieur de bien des façons et lance à Dame Morelia un regard sombre, trahissant une entente cordiale. Il n’est pas né de la dernière floraison, celui qui le fera tomber de son empire d’effluves toxiques et enivrantes. Aucune de ces merdes ne prétendra jamais à la qualité de ses productions. Impossible lorsque la matière première même provient de son corps. Il s’aperçoit alors comme son manque de réponse doit se faire pesant désormais et ourle ses lèvres d’un fin sourire à en ébranler n’importe quel mur, pute ou homme d’affaires.

Sa voix ronronne, chuchote, à peine plus rauque de ne jamais tellement servir.  

- Vous n’avez pas idée…

Le délié de ses doigts longilignes vient saisir la pipe de bois sculpté qu’il porte à ses lèvres, en inspirant longuement le contenu. Il y a bien longtemps que ces choses n’ont plus d’emprise sur lui, mais il n’y a rien de mieux que la production artisanale…

Matin d’hiver sur toile silencieuse.

La neige crisse et se déforme sous la semelle de sa botte. Immaculée et virginale, c’est le rouge qui attire l’œil en premier l’œil. Il y jette un regard intrigué, vaguement appréciateur. Un rouge commun, épais et encore chaud, comme il en coule dans tant d’autres veines humaines. Il se demande alors, de quelle couleur serait le sang d’Ivaldo, s’il s’aventurait à le couper juste un peu dans son sommeil. Peut-être vert. Vert comme la sève épaisse et les fluides des arbres, un rien jaunâtre, sucré aussi. Quelque chose en raccord avec son odeur. Mais il ne serait sans doute pas bien heureux de savoir qu’il s’interroge là-dessus. Qu’il ébauche l’idée dans son crâne délicat que d’aller le blesser, juste comme ça. Juste pour voir. C’est assez cynique à dire vrai lorsqu’on sait que le maître lui aussi, blesse parfois comme ça.

Juste pour voir.

Qu’il tord la chair des inopportuns et des provocateurs, en proie à d’indescriptibles colères. Et ce n’est pas juste la faim, ça il en est certain. C’est une manière comme une autre d’évacuer le trop- plein de ressentis. Tous les êtres ont en commun la colère. Ça et un tas d’autres choses. Ivaldo ne fait pas exception à la règle et ce malgré ses facéties caractéristiques. Qui aurait cru qu’une simple plante puisse tant ressentir ? Il n’est pas surpris à dire vrai, si les arbres parlent, alors tout est bien possible. Le cliquetis de l’arme dans son dos résonne dans l’immensité blanchâtre d’une ruelle mal éclairée. Il ne fait pas bon se promener à cette heure et celui-ci l’apprendra à ses dépens. Il ne fait pas bon non plus marcher sur les plates-bandes d’Ivaldo Songbird et de ses colères froides. Le pas tranquille, autant que le maître la plupart du temps. Un rien de dédain maladroit chevillé au corps. Il s’est longtemps demandé s’il l’aimait ou non, avant de décider que sa présence lui était finalement assez agréable. Pas besoin de parler avec Ivaldo. Il lui semble qu’ils ne prononcent parfois pas un mot pendant des jours entiers sans que personne ne trouve rien à redire. La solitude a du bon et pour sûr, la plante est solitaire. C’est sûrement plus simple ainsi pour donner ses directives.

Le lapin n’a pas pu s’enfuir bien loin. Pas avec le plomb qui cahote déjà tranquillement dans son corps. Pas besoin de gadgets lorsqu’on a la visée, pour bien abattre une cible. Il a peut-être même déjà expié. Joli tableau pour mourir.

Difficile de rêver mieux si ce n’est la vie elle-même, du moins pour certains. Et il songe là encore que le maître est bien mortifère pour quelqu’un dont le corps est si vivace.

Un gargouillis infâme attire son attention du coin de l’œil. Ah, pour sûr, difficile de louper une silhouette de cette taille. Mais une fois au sol, il n’a plus grand-chose d’enviable. Du sang, un peu partout, là encore, c’est assez joli.

Mais il n’a guère le temps de se confondre en admiration paisible du paysage. L’arme glisse sur son épaule, vient si caler alors qu’il le maintient en joue sans nul besoin d’un viseur quelconque.

S’il veut jouer aux règles la terreur je le refroidirais comme l’humain qu’il est… Va me descendre cet imbécile, la neige lui fera une jolie sépulture. Ne traîne pas.

Ce qu’Ivaldo veut il l’obtient d’une façon ou d’une autre, parfois de la plus expéditive possible. Il ne fait pas bon contrarier Sa Majesté feuillue lorsqu’on a le sang rouge. Ah, il n’aura même pas voulu le manger celui-là… Le doigt manque de presser la gâchette, à ça de l’irréparable catastrophe. Mais il se fige et observe un moment le grand corps pitoyable qui a déjà perdu son poids en sang. Difficile de viser le cœur sous toute cette masse de tissu et de muscles. Des barrières. Un avertissement. Il sourit, déplaçant l’arme de quelques millimètres à peine. Certains dons de la nature sont parfois bien utiles, plus encore lorsqu’ils grandissent dans le secret.

- Désolé pour cet acharnement tu as la peau dure… Mais je révise mon jugement, il faut seulement que tu ailles… Dormir un peu… Et essaye de ne pas mourir de froid.

La détonation résonne dans la ruelle. Assez pour se sentir mourir. Mais il sait où viser, démêler les fils tortueux qui mèneront, il l’espère, à quelque chose d’un peu plus paisible pour tout le monde. Il n’est qu’un gardien, après-tout.

Un tueur de Roi. L’arme retrouve la lanière de son dos et il se détourne de sa cible qui a cessé de bouger. Ivaldo sera au moins satisfait. Pour un temps. Qu’importe la colère qu’il encourt par la suite, son intuition est souvent la bonne.

Sa semelle écrase un pan de neige rouge et Poppy se détourne. Disparaît comme il est venu entre les rues et les dédales, avec comme unique trace derrière lui que sa chevelure flamboyante.

Rouge.

Particularités
Caractère
- Monsieur Songbird ? L'Adjoint du Maire va vous recevoir, je vous en prie.

La voix douceâtre de la femme en tailleur résonne dans la pièce, le tirant de sa torpeur maladive. Pour sûr, il ne s'attendait pas à rencontrer le Maire en personne mais tout de même. Quelle impolitesse... Il redresse le nez et se lève, culminant de toute sa taille et son étrange fragilité latente. Ses semelles claquent sur le marbre du sol lorsqu’il avance pour pénétrer dans le bureau du jugement. Joli purgatoire, si on lui demande son avis sur la question du moins. Riches tentures, tableaux esthétiques et oubliables. Comme toujours lorsque l’aisance s’étale jusqu’aux murs, à ne plus savoir quoi en faire. Il abaisse sa capuche, question de bon ton, rejette la tresse ébène sur son épaule et force un sourire. Une entaille au coutelas dans la cire figée de son visage. Vestige d’amabilité. L’homme à son bureau lui offre une main amicale qu’il s’empresse de saisir, la serrant bien bénévolement en retour. Les apparences, comme les plantes, se cultivent force de temps et de patience.

- Ah monsieur Songbird ! Enchanté ! Je dois dire que voir le nom de votre famille sur nos registres m’a grandement étonné ! C’est cela-dit une très bonne surprise.
- Je n’en doute pas… Notre réputation nous précède souvent…

Il se rassied sur un fauteuil laissé à sa disposition, croisant élégamment une jambe par-dessus l’autre. Il semble ainsi à son aise, observant son hôte droit dans les yeux sans faillir. Ceux qui, d’aventure, ont croisé son chemin quelques années plus tôt jureraient ne pas le reconnaître. C’est dire s’il ne semble pas sonder son interlocuteur, oscillant de la tête pour déposer sa joue au creux de sa main. L'homme triture brièvement sa paperasse et Ivaldo jurerait qu’il agit de la sorte pour lui soutirer un rien de malaise. Bien essayé.

- Il est certain que les… Prouesses de femmes de votre famille ne sont plus à prouver, tout comme votre connaissance évidente de la magie.

Si par « prouesses » il s’imagine une bande de sorcières psalmodiant nues devant un feu de forêt, il est alors très proche de la vérité. Sa peau se hérisse un instant d’une chair de poule incongrue. Sa lèvre se pince. D’où veut-il en venir au juste ?

- J’ai également ouï dire… Que vous n’étiez pas en reste sur ce point-là non plus monsieur Songbird. Inutile de vous dissimuler ici-bas, nous prônons l’égalité de toutes les races, soyez en certain.
- N’y comptez pas. Vous avez ce qu’il vous faut dans vos petits papiers je ne compte pas me dévoiler de la sorte.
- Monsieur Songbird, comment voulez-vous que j’évalue votre nature si vous m’en empêchez… ? Chaque habitant de Concordia a dû se soumettre à cet entretien, d’autres avant vous l’ont fait, vous n’avez rien à craindre ou à redouter.

Bien heureux ceux qui ont encore le choix. Lui a perdu le sien depuis des années déjà, et de son propre accord qui plus est. Le grognement qui lui échappe est sans équivoque et le voilà déjà qui se redresse, portant une main à son œil dissimulé pour en découvrir l’étrangeté.

Il n’y a rien, tout d’abord. Avant que la chose ne semble poindre à son orbite et éclose à l’intérieur. La fleur se tisse et s’ouvre, pétales dehors dans sa grande suprématie colorée. Et une fois la mère sortie, le reste ne tarde pas à suivre, enfanté d’un premier émerveillement. Cela bruisse dans toute la pièce, les milliers de graines qu’il charrie dans son sillage, s’ouvrent et se transforment, jonchent le sol et les murs de leur vert feuillage. La verdure s’élève de sa chevelure et de son corps tout entier, menaçant de faire craquer les vêtements. L’odeur qui ne l’a pas quitté semble plus entêtante encore. Et de part et d’autre de sa mâchoire s’étirent des sillons révélant une bouche plus à même de broyer et mordre. Ses doigts se crispent, il n’ose plus bouger ni agir, se sentant étranger dans cette nature qu’il voudrait pouvoir de nouveau réprimer. Sa voix claque comme un poing sur du verre tandis qu’il redresse son unique œil valide vers l’homme.

- Êtes-vous satisfait monsieur l'Adjoint… ?

- Hybridé avec quelques plantes carnivores magiques, il en possède les avantages comme les invonvénients.
- Se nourrit exclusivement de viande, de préférence crue. Ou de terre. Nécessite une hydratation régulière.
- Est une plante à part entière pouvant maîtriser celles qui s'échappent de son corps.
- Peut également en produire d'autres assez inconsciement et colonise en permanence.
- Androgyne de nature, il bascule d'un point de l'année à l'autre entre les deux genres sans tellement s'y intéresser.
- Est globalement particulièrement dangereux et est par conséquent limité quant à ses déplacement dans le quartier naturel.

Capacités
Les phalanges de Jevta tissent à sa taille des arabesques hasardeuses. Les lèvres font éclore au creux de son oreille quelques bourgeons cramoisis et sonores qu’il claque en un baiser. Et s’il aime tant son contact et sa présence, c’est parce qu’il est délicieusement autre. Différent de tout ce qui vit et existe dans cette maison que quelques dieux mauvais semblent avoir figée dans un temps que le sablier ne délite plus. En outre, il n’est ni mère ni cousine, ni aucune autre sorcière qui arpente à sa guise le manoir familial. Et infiniment plus précieux que n’importe lequel de ces invités d’un soir. Ainsi dos au mur et surplomber par l’ombre de l’autre homme, il semblerait pourtant que cela soit lui qui le couve comme une plante fragile, de ses bras enroulés autour de ses épaules. L’alcool et les fumerolles ont distillé dans son crâne quelques idées torves et dénuées de sens et il voudrait se hisser à lui, l’agripper de ses jambes et peut-être, s’il le lui permet, se frayer un chemin dans ses entrailles pour ne plus jamais avoir à se séparer de nouveau.

Seuls les imbéciles et les utopistes, ont l’amour aussi facile et intense. Mais il ne faut pas en vouloir, à son inconscience et son stupide romantisme. Il n’a que seize ans à peine passés, et si peu de liberté pour les célébrer.

Les adultes se sont engoncés au fil de l’horloge dans leurs flatteries pudibondes de grandes époques révolues. Ils déambulent gorgés de fiertés et bouffis d’orgueil, multipliant les courbettes et l’hypocrisie grasse de leur sourire. Ils leur ont faussé compagnie depuis déjà une heure et demie, profitant du calme relatif des couloirs désertés. Ils se sont échappés l’air de rien pour trouver le confort chaleureux d’une alcôve au détour des quelques croisements. Le manoir est si grand qu’il est lui-même intimement persuadé de ne pas en connaître toutes les pièces.

Les mains de Jevta serrent et froissent le tissu de sa chemise, débraillant sa tenue déjà passable. Il entortille autour d’un doigt une boucle noiraude échappée d’une tresse hasardeuse. Et son sourire lui trace au visage comme une striure solaire.

- Tu veux monter dans la chambre… ?

Le message passe comme l’ombre dans les yeux pâles de l’adolescent. Comme la fureur stridente et écarlate qui aquarelle tendrement ses pommettes saillantes. C’est un non ? C’est un peut-être. Il n’est plus si à l’aise, sous le souffle caressant de l’autre et recule davantage contre le mur. Jevta vacille à peine, hochant la tête comme pour appréhender la bonne réponse à offrir.

- …. Quelque chose ne va pas… ?
- …. Non tout va bien c’est juste… Je ne pense pas que ça soit le bon moment pour ça.
- Ça ne l’a pas été depuis toujours, on dirait que quelque chose te bloque et j’aimerais juste savoir quoi ou si je peux t’aider c’est tout…

Pas de réponse. Les lèvres pâles se pincent sous les quelques mèches éparses et il n’ose plus lever les yeux ni le regarder de nouveau. Le slave esquisse l’ombre d’un sourire paisible, lui redressant le menton pour chuchoter à quelques centimètres à peine de ses lèvres.

- C’est pas grave… On verra ça plus tard, en plus tu as bu et ça se sent.
- Et toi tu sens le bonbon au cassis…

La phrase dénuée de sens comme de contexte n’est pas sans donner raison au slave.

Le petit pas pressé de sa cousine claque dans le couloir au rythme d’une sentence à venir. Les mèches rétives échappées de son chignon vacillent à ses épaules. Lorsqu’elle aperçoit le couple improvisé, ce n’est pas tant la surprise qu’un sombre amusement que dépeint son sourire. Bras croisé et mine éternellement cynique, elle se plante là, à quelques mètres à peine de l’union secrète. C’est ainsi, les amours qu’on ne susurre qu’à demi-mot sont toujours les plus tendres. Ils croquent sous la dent comme un bonbon interdit. Meredith Songbird a déjà quelques vastes connaissances en amours.

- Ivy… Ta mère te demande de venir… Elle veut te présenter quelqu’un.

La silhouette livide redresse sous la demoiselle un museau à peine moins assoupi, lorgnant les jupons de sa robe, l’élégance dans laquelle elle se plaît à s’engoncer. Question de bonnes apparences. Meredith n’est qu’une charmante garce.  Et lui se sent désormais bien mal fagoté et s’affaire brièvement à rentrer sa chemise dans son pantalon.
Sa mère a toujours un tas de gens à lui présenter. C’est ainsi, les histoires de famille et la bienséance obligent. Il adresse à Jevta un dernier sourire. Pas de baiser en public et ce malgré les mains du slave figées à ses hanches.

- Tu reviens après… ?
- Oui… Reste là ne bouge pas…

Ils n’ont pas encore fini de discuter, ni de voir où le mènera son taux d’alcoolémie ce soir. Sur les pas de Meredith, il vacille tranquillement.

Jevta rentrera seul ce soir.


Les secondes s’étirent en d’insupportables éternités, un milliard de vies passées sur cette chaise plastique. Décor aseptisé, odeur de naphtaline. Si forte et si imprégnée dans les murs qu’il semble s’en être enduit les poumons. Comme s’il s’apprêtait à ne respirer plus que cela, jusqu’à la fin de ses vieux jours.

Ils les espèrent rapides et sans douleur, de préférence.

Les infirmières s’empressent et s’agitent en tous sens, allant d’un couloir à l’autre, froissant le bleu vomitif de leurs blouses. Il observe les plis se faire et se défaire. A sa droite, Meredith étudie distraitement le vernis de ses ongles, pas plus impliquée que cela dans le cours des choses. Vexée, sans doute, de savoir qu’elle sera bientôt hors course de l’héritage familial. Il le lui céderait bien volontiers pourtant, inutile de se formaliser. Pour quoi ? Oh si peu de chose.

Il n’a que faire de cette maison, des ordres savamment dictés par sa mère. De l’argent et des titres.

Une pensée pour Jevta le traverse. Il ne sait pas bien pourquoi à dire vrai. Tout cela est futile.

- Monsieur Songbird… ? Monsieur Songbird… ? – La voix est lointaine, presque doucement attristée. Elle peine à se frayer un chemin jusqu’à ses pensées, en extirper douloureusement le fil pour s’y glisser insidieusement. – Monsieur Songbird votre bébé…

Ah ? Ah oui, le bébé. Il a de nouveau perdu le fil de la conversation. Ivaldo n’a après-tout que dix-sept ans. Et l’idée d’une Pénélope pantelante et échevelée dans la salle d’accouchement ne l’enchante pas vraiment. Une ombre de répulsion passe sur son visage. C’est à se demander comment il est parvenu à procréer et lui aussi, parfois, se pose sincèrement la question. L’alcool, sans doute. Tout un tas d’autres choses aussi.

Déjà hissée sur ses talons hauts, Meredith semble l’attendre, étonnement rassurante pour la situation. Il ne se plaindra certainement pas de son soutien. Juste cette fois.

De nouveau les voix. Elles s’agitent dans le flou ouaté de ses tympans. Babillent, ricanent et se perdent en stupides contemplations. Voilà tout ce qu’il reste de sa vie. De ses convictions, de ses amours et de tout ce qu’il fut et sera. Rien qu’une femme dont il n’a pas voulue et un bébé. Trop jeune, bien trop jeune. Son nom volète à nouveau dans la pièce, pauvre oiseau échoué, lui traversant le crâne sans s’y appesantir. Le poids s’échoue entre ses bras, léger petit fardeau. Une absence alors. Et l’on vient tirer ses boucles mal nouées d’un mouvement leste.

Si petite et fragile. Nouveau babillement éploré. Petit corps fripé entre ses bras. Il distingue sur son crâne quelques touffes de duvet sombre. Pas de doute, elle sera une Songbird. Et pourquoi alors, son cœur bat-il si durement tout à coup ? Pourquoi lui semble-t-elle, de toute sa petitesse, si jolie et précieuse. Une toute petite muse potelée qu’il vient effleurer du bout de ses longs doigts de peintre. Un sourire vient peinturlurer ses traits.

- Elle sent bon… Elle est si jolie…

Sur l’instant, c’est une partie de son âme qui s’éveille de nouveau.


La douleur.

Une brûlure, plus glaciale. Une strie qui descend, serpentant en langue tout le long de sa colonne vertébrale. La sueur froide fait une pellicule dans son dos, accole presque intimement sa chair au tissu moite de son vêtement.

Diffuses dans la pièce, les toiles semblent le dévisager, le moquer et le maudire pour toutes les lacérations. Seules demeure l’ineffable. La belle demoiselle pâle aux boucles sombres. L’adolescente petite nymphette tranquillement assoupie dans son jardin. Elle lui est sur l’instant très semblable, souvenir fantasmagorique de ce qu’aurait pu être sa si précieuse Lea.

De l’inspiration ne demeurent que des cendres. Un goût amer et fade de poussière sur le fond de la langue.

En réponse, une racine siffle et rampe jusqu’à sa cheville, s’y enroulant affectueusement pour se nicher à ses cheveux. Chien végétal, elle glisse sa langue feuillue à sa joue, gratifiant son maître d’une caresse pour se reposer en silence. C’est tout l’avantage des plantes, finalement. Le silence et la fidélité.

Seule cette accalmie apaise un rien sa souffrance. L’obscurité y aide bien bénévolement. C’est que la maison est bien grande désormais. Sans maman ni invités. Seuls les quelques amants réguliers de Meredith viennent parfois apporter un rien de vie à la bâtisse. Elle lui appartiendra très bientôt et il la soupçonne de vouloir le jeter à Concordia pour mieux reprendre en main l’entreprise familiale. Oh, ne vous y méprenez pas, c’est tout à fait à son goût. Manipuler les herbes et esquiver les incessantes discussions commerciales. Voilà qui n’est pas pour lui déplaire. Et l’air d’ailleurs ne lui fera que du bien.

Plus de chambre vide au fond du couloir de l’étage.

Mais ses valises porteront tout de même le désespoir et la culpabilité.

Comme partout où il va.

La porte de la chambre grince. Les plantes sifflent à l’unisson avec lui, se rétractent, se faufilent et se replient sous chaque meuble, chaque pan d’obscurité, toutes unies par le même noyau, grand organe filandreux et mobile. Il roule de l’œil, entre le dédain et la fureur d’être ainsi dérangé dans un moment de solitude. Meredith ne semble pas encline à le laisser savourer sa douleur.

La silhouette de Poppy dessine dans la porte une grande tige familière et l’androgyne s’avance à peine d’un pas dans la pièce. Il n’ira pas plus loin, bien éduqué qu’il est à respecter ses distances. Meredith aura au moins produit quelque chose d’appréciable lors de son existence et il se félicite parfois d’avoir accepté de… Former son neveu.
Au moins aura-t-il une utilité bénéfique, tant pour sa personne que pour autrui, en travaillant sous ses ordres. Et Poppy est de ces fidèles qui ne discutent pas les ordres. Le talon de sa botte claque faiblement au sol tandis qu’il demeure dans l’encadrement de la porte, n’entrant pas davantage sur un territoire qu’il sait ne pas être sien. 7

- Tout est prêt pour le déménagement… - Ils n’attendent plus que lui semblerait-il. Ivaldo soupire dans la pénombre, se redressant à peine dans sa chemise froissée. La fleur lui faisant office d’œil semble s’étirer dans la pénombre.
- Et concernant note « petit » problème… ?

Silence. Poppy opine de la tête, toujours aussi professionnel.

- Il n’y a plus de… Petit problème.

Sa voix, ce soir-là, est moins assurée que d’ordinaire.
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Lun 5 Nov - 22:52
Oh une belle plante ! C'est chouette de revoir ce personnage : j'ai beau le connaître, je le redécouvre une nouvelle fois (et, va savoir pourquoi, Meredith me fascine).

Y a juste un point qui, malheureusement, ne peut pas rester sur ta fiche : c'est le Maire de Concordia. Personne ne sait à quoi il/elle ressemble (un jour, qui sait). On n'a que des rumeurs sur elle, on sait même pas s'il est humain, quel type d'entité il/elle peut être. Mais Ivaldo peut avoir un entretien avec un haut membre de l'équipe administrative.

Et je m'excuse (je sais que là je suis pas de prime fraîcheur) mais quelles sont les capacités d'Ivaldo ? Il peut créer et contrôler des plantes, c'est cela ?

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Dim 11 Nov - 0:04
Kewkew
C'est édité de mon côté et j'ai ajouté des petites précisions sur les capacités du bébé dans la fiche. Vuala.
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Dim 11 Nov - 21:35
C'est tout okey Ivaldo ! Il est temps d'aller fleurir la ville !


Validé•e avec les honneurs

.
Félicitations, te voici un.e véritable Concordien.ne désormais. Tu peux poster ta fiche de liens et rejoindre les réseaux sociaux. N'oublie pas de réclamer ton logement que tu puisses connaître tes nouveaux voisin.e.s. Pour te lancer dans l'aventure, rien de tel que ce sujet.

Tu as maintenant toutes les clés pour t'amuser parmi nous. Que la chance te sourit !

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